Wednesday, March 01, 2017

Lire et écouter deux billets radiophoniques de Charline Vanhoenacker (France Inter)


Marc, quand vous réservez vous-même votre billet de train par internet, vous faites le job qui auparavant était occupé par un travailleur et le prix du billet n'a pas diminué pour autant.

Quand votre opérateur téléphonique vous interroge sur votre expérience client,
vous bossez pour lui, sans qu'il vous accorde une ristourne.
Mais Marc, heureusement, il y a des avantages : quand vous scannez vous-même vos articles au supermarché, vous pouvez choisir de le faire à votre rythme
et même très lentement avec plein de gens qui gueulent derrière.

Vous effectuez un travail là où aucun patron ne va venir vous virer ; vous êtes un petit peu l'autoentrepreneur de vos courses. Vous vous souvenez de cette époque
où le client était roi ? Eh ben, aujourd'hui c'est fini, désormais le client est employé
et le bénévolat, s'il est encadré par des horaires et qu'il implique un rapport de subordination dans l'équipe, c'est une forme de travail dissimulé.

Mais n'oublions pas que plus il y aura de bénévoles, moins il y aura de chômeurs.
Là-aussi, il y a plein d'avantages. Plus besoin de s'autoévaluer par un salaire,
plus besoin de demander une augmentation et même plus besoin de surveiller le montant de votre compte courant, vous n’en avez plus, voilà.

Alors autant le travail fictif est un cauchemar, mais le salaire fictif, c'est le rêve de Pierre Gattaz et c'est déjà une réalité en France, ça s'appelle un stage non-rémunéré ou du bénévolat ou une expérience client ou encore plus pernicieux l'engagement citoyen.

Ah, c'est sûr qu'en comparaison, le coût du travail sera toujours trop élevé.
Et là-dessus, Pierre viendra vous dire : "L'altruisme est une richesse." Je lis partout que le bénévolat est en hausse en France et c'est logique puisque dans notre pays, un des seuls domaines qui reste porteur, c'est la précarité.

Et elle a quel avantage, me direz-vous ? Mais la parité, la parité parfaite. Les femmes ne sont pas moins payées que les hommes, car comme eux, elles sont pas payées du tout, voilà le travail gratuit se niche partout, notamment chez les candidats de télé-réalité qui bossent gratos pour engraisser les producteurs et les chaînes de télé

et dans le fond, à chaque fois qu'on poste un statut sur Facebook, c'est un peu comme si on travaillait pour Mark Zuckerberg, le mec qui est devenu milliardaire grâce à nos photos de vacances au camping.
Voilà si vous saviez pas ce que Kim Kardashian fait comme boulot, ben maintenant vous savez qu'elle est bénévole pour Instagram.
Non, là où on verra qu'on est vraiment dans la merde, c’est quand y aura trop de bénévoles et qu'il faudra payer pour travailler gratuitement. 



Ah, oui, ben, je suis comme tout le monde, Patrick. Qui sommes-nous pour juger ce que ça représente comme coût de devoir entretenir un château ? Et cinq enfants, aussi
J'ai d'ailleurs une pensée pour eux ce matin, les enfants du couple Fillon qui pensaient que leur maman était mère au foyer, et qui viennent de découvrir qu'ils étaient élevés par une assistante, une travailleuse, quelle tragédie, Patrick. Ça, c'est très mal vu, dans le milieu.

Pour Pénélope Fillon, ça a été un choc aussi, quand dans la presse elle a découvert qu'elle avait travaillé. Tout de suite elle s'est dit, mais moi qui pensais vivre dans un pays tellement généreux où l'État donnait mille euros par enfant dans chaque foyer, et en fait pas du tout. Ah bon alors, c'est pour ça que les Français, ils se plaignent. Ah, si elle avait su, Pénélope, elle serait allée au syndicat direct, Patrick, elle serait allée au MEDEF.

Alors, ben, tout ça sert de leçon aux femmes des non-élus. Notez, elle fait déjà son chemin. Hier, à la mairie de Bordeaux, Isabelle Juppé était distraite, elle a voulu donner un coup de main et bêtement elle a changé une ampoule du vestibule. Ben bim ! elle a envoyé la facture à Juppé.

Ah ben, elle est transparente, c'est un premier pas vers plus de solidarité.
La solidarité, oh, c'est tout les Fillon ça, moi, je revois encore François, en visite chez Emmaüs, enveloppé dans sa petite veste matelassée. C'était beau, ça m'a rappelé Pénélope qui disait "Je suis juste une paysanne" ah, dites donc, à ce prix là, c'est forcement du bio.

A ce propos, moi, j'aimerais savoir si ses confitures, elle les fait elle-même. En tout cas, elle a les casseroles pour le faire.
Eh, j'en connais une qui va passer le week-end à confesse, moi.
Alors, malheureusement, il ne reste plus grand chose de tout l'argent qu'elle a gagné. Pénélope a tout claqué en télé-achat. Oh ben, vous savez ce que c'est, vous, Patrick, la vie de la ménagère, jamais sortir de la maison, ben quand Marion Nardi, elle vous montre un autocuiseur, vous craquez, vous êtes vulnérable.
Sale affaire, quand-même, à à peine trois mois des élections, c’est ce qui s'appelle se gaufrer à trois mètres du buffet.
Moi, ça me fait penser à l'affaire DSK sauf que Fillon, ben quand il ripe, c'est avec sa femme, évidemment. 



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