Saturday, July 15, 2017

Paroles de chansons d'Yvan Dautin

Entre le marteau et l’enclume

Entre le marteau et l’enclume, on a forgé le forgeron
On a rayé d’un trait de plume ses traits tirés par le charbon
Sa veuve esseulée qui s’enrhume a quatre fers sous les talons
Elle a souffert, mais l’amertume rendit boiteuse cette liaison.

Entre le marteau et l’enclume, on a forgé le forgeron
On a rayé d’un trait de plume ses traits tirés par le charbon
Fouette cochet dans son costume,  le corbillard est un violon
Ainsi que le veut la coutume, il fait le mort, plus de chanson.

Entre le marteau et l’enclume, on a forgé le forgeron
On a rayé d’un trait de plume ses traits tirés par le charbon
Sa veuve esseulée qui s’enrhume porte des fleurs, triste moisson
 Elle a souffert, mais l’amertume rendit douteuse cette souillon.

Entre le marteau et l’enclume, on a forgé le forgeron
On a rayé d’un trait de plume ses traits tirés par le charbon
A cheval fou, voici la brume qui mord encore le canasson
Qui va piétinant les légumes, les herbes folles et les chardons.

Entre le marteau et l’enclume, on a forgé le forgeron
On a rayé d’un trait de plume ses traits tirés par le charbon
Sa veuve esseulée qui s’enrhume a quatre fers sous les talons
Elle a souffert, mais l’amertume rendit boiteuse cette liaison.


Qu’elle est jolie, la fille d’en bas

Qu’elle est jolie, la fille d’en bas
Chapeau de paille et la bague au doigt
Quand elle va, comment ça va
Qu’elle est jolie, cette larme-là

On vit sa vie, mais on ne sait pas
Où va la vie quand l’amour est là
On fait son lit sous les lilas
On dit toujours, toujours, toujours, toujours, mais ça ne tient pas

Qu’elle est jolie cette larme-là
Vaille que vaille, elle pense à moi
Quand elle vient, plus rien ne va
Qu’elle est jolie, la fille d’en bas

On vit sa vie, on compte surtout
Drôle de vie, y en a pas beaucoup
On fait son lit sous les lilas
 On dit qu’un jour, un jour, un jour, mais ça ne vient pas

Qu’elle est jolie, la fille d’en bas
Chapeau de paille et la bague au doigt
Quand elle va, comment ça va
Qu’elle est jolie, cette larme-là

Le vent debout lui fait les yeux doux
Et je l’ai vue se pendre à son cou
Robe légère et bas de soie
Qu’elle est jolie, la fille d’en bas




















Thursday, June 08, 2017

Disparition des enchaînements consonantiques

Règle : un e final ne doit jamais être prononcé devant une voyelle. Il doit être élidé ou muet pour donner lieu à un enchaînement consonantique (liaison).
Or, les Français sont de plus en plus nombreux à prononcer ce e final devant une voyelle, par exemple après "que", comme si le mot suivant commençait par un h aspiré.
Exemple fautif : parce que il pleut. C'est totalement incorrect et provoque un hiatus (choc de voyelles), qui ne choque plus grand monde.

Monday, May 08, 2017

Mon commentaire du premier discours du Président Macron

Il a fallu à Emmanuel Macron trois minutes d’une marche triomphale avant d’atteindre son trône adossé à la pyramide de verre du Louvre. Une marche rythmée par le très symbolique Hymne à la joie. Cette mise en scène n’a rien de modeste.
Le besoin d’être aimé unanimement ressort de cette phrase narcissique ou enfantine du début de l’allocution, où pointe quelque frustration : « vous êtes des dizaines de milliers et je ne vois que quelques visages. »
Quant au discours, eh bien, c’est du pur Macron, tel ce « ils attendent que nous soyons enfin nous ». Le texte est, selon moi, globalement faible si l’on excepte le formidable passage consacré à l’extrême-droite et plus tard l’allusion à cette dernière :
« Je veux enfin avoir un mot pour ceux qui ont voté aujourd’hui pour madame Le Pen. Ne les sifflez pas. Ils ont exprimé aujourd’hui une colère, un désarroi, parfois des convictions ; je les respecte. Mais je ferai tout, durant les cinq années qui viennent, pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. »
J’aime ce parfois et cet impératif  sincère : ne les sifflez pas !
J’ai souri quand, dans l’énumération des métiers dont il salue l’engagement, celui de fonctionnaire a eu un peu plus de difficulté à sortir de sa bouche.
Enfin le discours contient la répétition de certains mots : ferveur, protéger, servir. « Une ferveur, votre ferveur, je protégerai la République, je vous protégerai face aux menaces, je vous servirai, je vous servirai avec humilité, avec force, je vous servirai dans la fidélité, je vous servirai avec amour. » Et aussi ce « je combattrai pour vous ». Il y a là un temple lexical qui fait penser à certaine mission. Mais si !
Je retiens l’intention d’humilité. Coïncidence, dans l'Ancien Testament, c'est par le nom d'Emmanuel qu'est désigné le Messie.
Malgré ces critiques, il mérite toutes nos félicitations et notre reconnaissance, pour avoir su nous éviter l’indignité.



Sunday, April 30, 2017

« Ce qu’incarne le FN perpétue exactement tout ce contre quoi de Gaulle a élevé sa stature »

« Ce qu’incarne le FN perpétue exactement tout ce contre quoi de Gaulle a élevé sa stature »
Dans une tribune au « Monde », l’historien Jean-Noël Jeanneney estime qu’avec le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen, alors qu’il se prétend « gaulliste », « l’enjeu est trop lourd pour qu’on se contente de la grimace du mépris ».
LE MONDE | 30.04.2017 à 06h45 • Mis à jour le 30.04.2017 à 15h40 | Par Jean-Noël Jeanneney (Historien)

TRIBUNE. Le dégoût n’exclut pas le sang-froid. L’enjeu est trop lourd pour qu’on se contente de la grimace du mépris.
Au moment où le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, annonce qu’il vend sa liberté et sa dignité à l’extrême droite contre la promesse des miettes d’un pouvoir, au moment où il prétend apporter à la candidate du Front national (FN) le soutien des voix qu’il a reçues au premier tour de l’élection présidentielle, son exclamation d’hier claque encore dans nos oreilles : « Je suis gaulliste ! »
Oh ! je sais bien qu’une médiocre tolérance, au long des années, avait accepté que l’adjectif serve à toutes les prétentions d’une énergie proclamée.
Georges Pompidou s’affichait gaulliste lorsque, en 1973, successeur du général à l’Elysée, il ouvrit au Royaume-Uni les portes du Marché commun, alors qu’il était clair aux yeux de tous que les Britanniques ne partageaient en rien – ils l’avaient proclamé dès le traité de Rome de 1957 – l’ambition d’une Europe politique qui parlât haut, en tant que telle, dans le monde – celle pour laquelle, à sa manière, de Gaulle avait inflexiblement combattu.
Héritage moral
Jacques Chirac et son RPR, plus tard, brandirent sans vergogne l’étendard de la croix de Lorraine lorsqu’ils accédèrent aux affaires, lors de la cohabitation de 1986.
En un temps où, en connivence avec son ministre des finances, Edouard Balladur, il avait fait doctrine d’un libéralisme à tous crins, inspiré de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, il avait offensé de plein fouet la conviction que le général avait si souvent exprimée et incarnée : « Voyez-vous, Peyrefitte, le marché, il a du bon, il oblige les gens à se dégourdir… mais en même temps il fabrique des injustices, il installe des monopoles, il favorise les tricheurs… Le marché n’est pas au-dessus de la nation et de l’Etat. C’est l’Etat, c’est la nation qui doivent surplomber le marché. »
L’UMP de Nicolas Sarkozy approuva sans hésiter celui-ci lorsque, parvenu à son tour à l’Elysée, il décida, à tous risques pour notre indépendance politique et militaire, de réintégrer l’OTAN dont de Gaulle avait choisi de quitter l’emprise pour des motivations explicites qui n’avaient guère perdu de leur vitalité.
Devant cette prétention à une fidélité généalogique, diluée dans une sorte de brouet incertain, on pouvait sourire. S’attrister que, dans les préaux, l’héritage du 18-Juin se résumât de plus en plus à des coups de menton. Juger que c’était faire injure à la mémoire d’un homme qui fut grand si souvent que d’en instrumentaliser de la sorte le nom.
Mais aussi, se réjouir, après tout, que ce fût au moins l’occasion de rappeler que, si le Général lui-même disait : « Le gaullisme sans de Gaulle, je n’y crois pas », il ne doutait pas que son héritage moral et le souvenir de ses combats pussent inspirer de nouvelles ardeurs, dans d’autres circonstances et à partir d’autres réalités, imprévisibles à l’avance : ses Mémoires prestigieux se situent exactement dans cette ligne.
A présent voici toute autre chose
Dès lors il revenait à chacun de faire la part des choses et aux autres familles politiques ou spirituelles que les gaullistes autoproclamés, si elles en avaient le goût et la sagesse, d’intégrer, selon leur génie propre, une part de cet héritage flamboyant.
Soit. Mais à présent voici toute autre chose. Il n’est pas question seulement d’ironiser devant certaines invocations rituelles réitérées parmi la droite républicaine. Il ne s’agit pas d’un simple glissement de plus dans l’approximation.
M. Dupont-Aignan vient, pour sa courte honte, de franchir un gouffre. Car ce qu’incarne le FN, le parti de Jean-Marie Le Pen emmené aujourd’hui par sa fille, perpétue exactement tout ce contre quoi de Gaulle a élevé sa stature : on ne doit pas se lasser de le rappeler aux générations nouvelles.
C’est éclatant en termes historiques : [le vice-président du FN] Florian Philippot peut bien aller régulièrement faire des génuflexions à Colombey-les-deux Eglises, il ne fait pas oublier l’hommage qui est régulièrement rendu par Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen, au souvenir du commando de Bastien-Thiry, fils de Vichy et de l’OAS, et de son commando, qui tentèrent d’assassiner de Gaulle en août 1962 et n’échouèrent que par un hasard extraordinaire.
C’est évident idéologiquement, tant sont près d’affleurer à la surface, comme vient tout juste de le démontrer le va-et-vient éclair d’un président du FN par intérim, ouvertement négationniste, les remugles de perpétuations détestables. C’est patent doctrinalement, tant l’idée du repli de la France sur elle-même, tant un nationalisme qui a le front de s’assimiler au patriotisme offensent l’universalisme de la pensée et de l’action du général de Gaulle.
Il ne reste plus qu’à espérer que M. Dupont-Aignan, prétendument gaulliste, se trouve réduit bientôt, pour sa courte honte, à se répéter le propos de Montaigne : « Je me fais plus d’injure en mentant que je n’en fais à qui je mens. »

         Jean-Noël Jeanneney (Historien)